Kjell Eriksson est un auteur suédois de roman policier connu surtout pour sa série qui met en scène la jeune inspectrice Ann Lindell dans la ville d’Uppsala. Ancien jardinier, il écrit sur cette ville et la campagne environnante, sur des gens ordinaires et humbles.
Pourquoi avoir choisi d’écrire sur la campagne qui jouxte Uppsala ?
Il y a beaucoup de coins de campagne en Suède et je pense qu’il est important d’écrire sur la Suède dans son ensemble, pas seulement sur les villes et les endroits chics et urbains.
Uppsala, qui est la ville natale de mon personnage principal, l’inspecteur Ann Lindell, est la quatrième ville la plus peuplée de Suède, mais il y a seulement autour de 200 000 habitants.
Pendant longtemps j’ai travaillé à la campagne, en tant que jardinier, et j’ai connu des gens là-bas, des gens ordinaires, humbles, pas ceux que l’on voit dans les magazines ou dans les émissions de télé.
Ce sont « mes » gens.
Ann Lindell élève son enfant toute seule, fils qui n’a même pas de père déclaré. Pourquoi ce choix ?
L’enfant d’Ann Lindell a bien sûr un père, mais Ann a décidé de ne pas lui révéler son identité. Elle est tombée enceinte après une aventure sans lendemain. Le père a une autre femme, il ne signifie rien pour Ann.
Comment vit-on avec un personnage récurrent ?
Les personnages que je crée sont un mélange de personnes existantes et inventées. En tant qu’écrivain, c’est un vrai bonheur d’avoir ce genre de liberté. Il est possible de s’identifier à quelques-uns des personnages dans mes romans, parfois j’utilise même leur véritable identité, mais la majeure partie d’entre eux est bien sûr fictive.
Laura est un personnage étonnant. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour donner chair à ce personnage assez diabolique ?
Ce qui inspire un écrivain ? C’est une question difficile. Comment j’ai créé Laura ? Je ne sais pas. Quand je lis le livre maintenant je me rends compte que j’ai fait une « erreur » masculine typique: j’ai créé une personnage féminin, qui réussit dans son travail, belle et attirante, mais qui a également une personnalité marginale, et elle est vierge! Je pense que les lectrices ont une certaine opinion de Laura… J’imagine que les lecteurs l’aiment bien.
Ici, en France, nous imaginons des fabriques de romans policiers perdues dans la neige des pays scandinaves avec une armée d’auteurs à la tâche. Qu’en est-il des échanges entre auteurs de ce genre en Suède?
Oui, il y a beaucoup de romans policiers publiés en Suède. Trop, si vous voulez mon avis. La Suède est un petit pays, on se rencontre lors des foires aux livres, aux lectures communes, etc. Mais ça me suffit.
Le scénario d’un polar se construit-il comme une partie d’échecs ? Question subsidiaire : ne vous moquez-vous pas un peu de la police avec cette variante de Barcelone ?
A Uppsala, il y avait un joueur d’échecs très talentueux, parmi les meilleurs en Suède, il était policier. J’utilise ce fait et je complique l’intrigue à partir de ça. J’ai créé ce jeu, Russie-Espagne, après avoir étudié la littérature sur les échecs et parlé à des joueurs. Je pense que c’est assez réaliste. D’ailleurs j’ai reçu un mail d’un joueur d’échecs de Norvège, qui voulait en savoir plus sur le joueur espagnol.
Il y a une référence à Dennis Lehane dans ce roman. Appréciez-vous cet auteur ?
Oui, j’apprécie Dennis Lehane et sa façon d’écrire sur Boston. J’apprécie également les Ecossais Denise Mina et Ian Rankin. Et le Suédois Mankell.