Tout n’est pas écrit dans ce roman, je laisse place à l’imaginaire du lecteur

Il pleuvait des oiseaux

Un roman qui nous réconcilie avec l’amour et nous fait apprivoiser un peu, la mort… à la mesure du grand talent de Jocelyne Saucier.

Comment êtes vous venu à écrire sur les grands feux d’Ontario ?

J’ai plongé dans ce roman sans savoir où il m’amènerait. Il en est toujours ainsi. Je pars avec un petit rien, une image, une phrase, un petit rien que Carson McCullers appelait une illumination et qui laisse deviner que derrière, il y a un univers qui demande à être découvert.

L’univers à découvrir dans ce cas-ci était celui des grands disparus, ces gens qui tournent le dos au monde, s’enfoncent dans la forêt et deviennent des ermites. Chacun a ses raisons de vouloir échapper à sa vie. Parfois, il s’agit d’une trop grande souffrance. C’est en cherchant quelle était cette grande souffrance qui pouvait amener un homme à fuir sa vie au fond des bois que m’est venue l’idée des grands feux d’Ontario.

C’est ainsi qu’est arrivé le personnage de Boychuck, un homme qui a absorbé la douleur du monde pendant les six jours qu’il a erré dans les décombres fumants du Grand Feu de Matheson et de ce fait, est devenu incapable de vivre et n’a rien trouvé mieux que fuir sa vie au fond des bois.

C’est donc par l’intermédiaire de Boychuck que les grands feux se sont immiscés dans ce roman et en ont tissé la toile de fond.

Notre rapport à la mort n’est-il pas trop distancié en occident ?

Depuis que nous avons confié l’agonie aux hôpitaux et la mort aux pompes funèbres, nous nous sommes distanciés d’un phénomène dont la seule idée nous terrifie. La peur de la mort est un réflexe sain. Loin de moi l’idée qu’il faille s’en pénétrer chaque jour de notre vie. Mais je crois vraiment que la vieillesse est un privilège qui est donné à certains d’entre nous pour apprivoiser la mort. Personnellement, après avoir vécu pendant quelques années avec mes personnages et leur vieille amie, je n’ai plus la même attitude vis-à-vis la mort.

Comment avez-vous choisi les personnages de ce roman ?

Je ne les ai pas choisis, ils se sont imposés. D’abord Charlie, ce trappeur amoureux de la nature qui s’enfonce dans la forêt pour y mourir et comme la mort ne vient pas, opte pour la vie qu’il a toujours voulue. Et Tom, cet hurluberlu ivrogne, épris de liberté, qui fuit l’enfermement dans un foyer pour personnes âgées.

L’ermite des bois existe véritablement. Rare, j’en conviens, mais il existe vraiment, j’en ai connu.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la structure du récit ?

Tout n’est pas dit, tout n’est pas écrit dans ce roman, je laisse place à l’imaginaire du lecteur, je laisse des fils en suspens entre les voix narratives, entre les chapitres, pour que le lecteur s’y accroche et imagine les pans narratifs manquants.

Le roman a un peu le ton d’un conte qui lui vient de ces passages en italique entre les chapitres et que, faute de mieux, j’appelle les intertextes. Ces passages se situent dans un présent intemporel et permettent à l’œil d’un supra-narrateur de se promener librement dans le récit et de donner subrepticement les clés du roman au lecteur.

Je lis votre livre comme un conte transgressif à l’image de cette culture de marijuana par ces trois vieux. Me trompe-je ?

Que ce soit les trois ermites des bois ou les deux hommes qui veillent sur eux ainsi que sur un hôtel fantôme et une plantation de marijuana, chacun de ces hommes valorise avant toute chose la liberté et la maîtrise de leur vie. Il y a place pour de tels êtres dans les grands espaces du nord canadien. En ce sens, le roman est un hymne à la liberté, un conte transgressif, comme vous dites, puisque ces hommes ne craignent pas de se mettre en position d’illégalité pour être en pleine possession de leur vie.

Editorial reviews (3 reviews)


Ce roman est un vrai moment de plaisir et le reste jusqu’à la fin.
Un lieu fait pour me plaire : la forêt un rien sauvage et des cabanes en rondins.

Un roman où Jocelyne Saucier nous décrit la palette de l’âme humaine et des émotions : de la gentillesse sincère à la noirceur en passant par l’amour.

Cathulu : Il pleuvait des oiseaux (September 03, 2013)

L'écriture, extrêmement visuelle , nous rend présents le paysage et la fureur de ces incendies apocalyptiques dont je n’avais jamais entendu parler . Une découverte difficilement oubliable et un vrai coup de cœur ! ....,