Une guerre civile de basse intensité


Dominique Manotti

Dominique Manotti

Bien connu des services de police

Dominique Manotti est reconnue pour travailler beaucoup son style. Entretien avec une “reine du polar” qui passe la banlieue au karcher.

Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire Bien connu des services de police ?

A l’origine du roman, deux motivations très différentes.
D’abord, un constat, une analyse, à un niveau politique, général. J’ai enseigné pendant de longues années dans le 9-3. Les étudiants avec lesquels j’ai travaillé font partie de ma vie, de mon expérience, de ma culture. Pendant ces années là, j’ai assisté à de nombreux heurts entre policiers et jeunes, plus ou moins graves. J’ai vu la situation empirer, tranquillement, régulièrement. Dériver vers une situation de “guerre civile de basse intensité”. Aujourd’hui, on est obligé de mette des CRS dans les autobus de certaines lignes, pour leur permettre de rouler sans être agressés, comme dans un pays occupé. Et les policiers procèdent en moyenne à trois tirs de flashballs par jour contre la population du 9-3 (source : Le Monde). Dans une indifférence assez générale. Moi, j’ai eu envie d’aller y voir.
Autre élément : j’ai participé à des comités de soutien, j’ai assisté à des procès, et je n’en suis pas sortie intacte. Personne n’en sort intact. Pas plus les policiers que les autres, d’ailleurs. J’ai quelques souvenirs de policiers faux témoins dont tout le monde, les collègues, les juges, les avocats, savaient qu’ils étaient de faux témoins, ce qui ne les empêchaient pas d’obtenir la condamnation des jeunes en face d’eux, et je me demandais : comment parviennent-ils à vivre ces situations ? Au prix de quelles souffrances, de quels dégâts ? Il faut savoir qu’en 2009, il y a eu environ une cinquantaine de suicides dans la police, ce qui en fait la profession la plus touchée par le suicide, et de très loin. Bien plus que France Télécoms, même si on en parle beaucoup moins. Et la meilleure façon de chercher à savoir, c’est d’essayer d’en faire un roman.

Pourquoi Panteuil ? Pourquoi ne mélanges-tu pas personnages réels et fictionnels comme Ellroy par exemple ?

Dans presque tous mes autres romans je mélange personnages réels et fictionnels. Mais dans celui-ci, mes personnages sont à raz de terre, des tout petits, des franchement sans grade. L’introduction de personnages connus n’aurait fait que les écraser, les marginaliser dans leur propre histoire. Pour les faire vivre, j’avais besoin d’un lieu imaginaire, où je puisse me déplacer en toute liberté. Ce fut Panteuil. Je constate que j’avais fait la même chose pour la partie ouvrière de Lorraine Connection, qui se déroulait à Pondange, alors que les “huiles”, les grands personnages, vivaient et agissaient à Paris, Varsovie, Luxembourg…

Derrière cette guerre des polices, il y a un choix de société. Cela n’a pas dû être simple de construire l’intrigue et de l’épurer au maximum pour rendre l’histoire la plus limpide possible ?

Oui, la construction de ce roman a été particulièrement difficile. Pour des raisons personnelles, parce que j’ai été obligée d’arrêter l’écriture pendant un an, mais pas seulement. Ce fut très difficile parce qu’il y a au point de départ du roman beaucoup de situations, d’éléments de dialogues, qui sont très concrets, vécus, pas du tout romanesques. Avec ces tout petits personnages, ces situations quotidiennes, il fallait ne pas faire du documentaire, mais faire un roman, construire du romanesque. Ca a été mon inquiétude, pendant toute le durée du travail, je me suis demandée si je parviendrai à intéresser le lecteur à la vie de mes personnages, si je parviendrai à l’entraîner dans une aventure. C’est à lui de dire si j’y suis parvenue.

Ce que j’apprécie particulièrement dans tes romans, c’est la clarté de ton style. Quand je relis certaines phrases, j’ai l’impression que chaque mot a sa place bien déterminée. Pourrais-tu nous écrire comment tu procèdes ?

Je travaille beaucoup le style. Je corrige et reprends énormément mon écriture. D’abord le rythme. Je voudrais arriver à ce que le rythme de la langue soit totalement adapté au contenu de la phrase. Je raccourcis ou je rallonge, j’ampute ou non, pour suivre l’action, la pensée, l’échange. J’écris au présent, aussi pour des raisons de rythme.
Ensuite, je cherche à utiliser des mots simples, mais “lourds”, “pleins”, Simenon disait des “mots matière”, qui n’ont pas besoin d’adjectifs ou de comparaisons pour exister. Parfois, j’en cherche certains pendant longtemps, et ils m’arrivent comme par hasard.
Enfin, je m’impose une règle : toutes les scènes sans exception doivent faire avancer l’action. Même les scènes dites intimistes ou sentimentales.
Toute scène qui ne contient aucun élément nouveau du point de vue de la construction de l’histoire est supprimée. Le temps du roman n’est pas le temps de la réalité.
Le travail de reprise et correction est pour l’essentiel un travail de coupes, et de réarticulation.

Editorial reviews (1 review)


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