On ment pour différentes raisons


Monica Ali

Monica Ali

En cuisine

Après Sept mers et treize rivières et Café Paraiso, Monica Ali, 33 ans, bombardée dès ses débuts “grand espoir des lettres britanniques”, est attendue au tournant.

D’où vous vient cette connaissance de l’hôtellerie et plus particulièrement du fonctionnement d’une cuisine ?

J’ai passé du temps dans 5 grands hôtels de Londres, à faire des recherches pour mon livre, la plupart du temps dans les cuisines : ce sont des endroits fascinants, pleins d’histoires venues du monde entier, de tensions et de drames (et de beaucoup d’humour), car les équipes travaillent sous une forte pression. En plus, j’aime la nourriture et j’ai toujours aimé cuisiner.

Gabriel part en vrille et vous l’annoncez dès la première page. Pourquoi 600 pages et non 200 pour raconter cette descente en enfer ?

J’aurais dû être plus succincte ? ça ne fait que 400 pages en Anglais ! Il se passe beaucoup de choses dans le livre, ce n’est pas seulement une étude détaillée du personnage de Gabriel, et de ce qui le fait évoluer (y compris sa dépression nerveuse), il y a aussi une intrigue assez complexe.

La relation ambigüe qu’entretient Gabriel avec Lena symbolise-t-elle celle des anglais avec les immigrés avec ou sans papiers ?

Je ne sais pas. On peut le lire de cette façon. La relation entre les anglais et les immigrants est ambigüe, c’est sûr. Ce qui m’intéressait, c’était d’explorer comment Gabriel, qui se croit rationnel, capable de gérer ses émotions, obéit en fait à ses instincts plus qu’il ne veut l’admettre. Les pulsions sexuelles sont souvent perturbantes.

Tous vos personnages sont très crédibles, vivants dès la première ligne. Vous inspirez-vous de votre entourage ?

Merci. Ils sont inspirés par des gens que je connais, que j’ai rencontrés, certaines parties viennent de mon imagination, et pour tous les personnages je puise aussi à l’intérieur de moi-même. Je ne peux donc pas dire qu’un personnage s’inspire d’une seule personne, c’est toujours un mélange de sources.

Les personnages mentent et se mentent beaucoup. Où êtes-vous allée chercher cela ?

Je crois que c’est ce qu’on fait tous, je crois que ça fait partie de la nature humaine. On ment pour différentes raisons, et elles ne sont pas toutes mauvaises ou égoïstes. Surtout, je pense qu’on le fait parce qu’on est programmé pour la narration. En fait, nos vies sont souvent chaotiques , guidées par le hasard, et nous agissons pour des raisons que nous ne comprenons pas complètement. Mais nous avons absolument besoin de comprendre ce qui nous est arrivé, alors nous le transformons en histoires, et nous finissons par en fabriquer certaines parties , afin de les rendre satisfaisantes pour nous-mêmes.

Editorial reviews (1 review)


L'auteure n'a pas cherché à écrire un roman policier. Ce n'est pas non plus un roman gastronomique, même si elle s'est beaucoup documentée sur l'art culinaire.