Si on a rien à cacher, ce qui est discutable, vivre dans un monde surveillé mine les fondements de la démocratie

L'affaire Snowden

Antoine Lefébure, créateur de la revue critique des médias électroniques Interférences, a lancé le mouvement des radios libres avant de devenir directeur du développement du groupe Havas. Aujourd’hui historien et consultant, il est notamment l’auteur de Havas, les arcanes du pouvoir (Grasset, 1992), Conversation secrètes des Français sous l’occupation (Plon, 1993) et Explorateurs et photographes (La Découverte, 2003). L’interview a été réalisée par mail et complétée avec des extraits du livre.

Comment avez-vous procédé pour rassembler toutes les informations contenues dans ce livre ?

Sur la NSA j’ai 30 ans d’archives et de livres ; par ailleurs les journalistes du secteur ont bien échangés avec moi !

Qu’est-ce que la NSA ? D’où vient-elle ? Comment est-elle née, dans quelles circonstances et pour répondre à quels types de problèmes ? Comment a-t-elle gagné en autonomie au cours du dernier demi-siècle, notamment vis-à-vis de la Central Intelligence Agency (CIA) ? Que fait-elle, à quels genres d’activités s’adonnent quotidiennement en 2014 ses quelque 38 000 employés ? Qui sont ses partenaires, ses modèles, ses épigones ? Et, de l’autre côté, ses ennemis, ses cibles, ses détracteurs ? Enfin, par-delà l’agence elle-même, qui est Edward Snowden ? Au nom de quoi, de quels intérêts ou de quels principes a-t-il joué le rôle de lanceur d’alerte que nous lui connaissons aujourd’hui, et mis sa vie en péril ?

C’est à toutes ces questions que ce livre entend répondre, sans préjugé ni parti pris. Nous plongerons d’abord dans la vie et le parcours, à la fois banal et rocambolesque, d’Edward Snowden. Nous verrons ensuite comment et pourquoi la NSA s’est constituée depuis le milieu du XX e siècle en véritable « empire du secret ». Enfin, ces recherches biographiques, historiques et journalistiques s’élargiront à des questionnements sur le rôle et le statut des lanceurs d’alerte, du journalisme d’investigation et des militants en faveur des libertés individuelles.

Peut-on encore lutter contre la centralisation et l’identification précise des profils des suspects et des clients effectuées à leur insu sur Internet ?

Pour communiquer de manière anonyme suivre les conseils de RSF ou de l’EFF. Egalement mon blog.

« Quand on a rien à cacher, on a rien à craindre de la surveillance. ». Cette phrase revient en boucle sur les réseaux sociaux. Pourquoi faut-il défendre le respect de la vie privée quand même le patron de Google dit que c’est la fin d’une exception dans l’histoire de l’humanité ?

Si on a rien à cacher, ce qui est discutable, vivre dans un monde surveillé mine les fondements de la démocratie.

Les gouvernements se sont rendu compte que leurs opinions publiques manifestaient une certaine indifférence à l’égard des révélations selon lesquelles elles étaient écoutées. « De toute façon, je n’ai rien à cacher ; c’est une affaire entre États qui s’est toujours pratiquée… » : telle est la justification communément avancée pour ne pas se saisir individuellement et collectivement, au nom de la citoyenneté et du respect des libertés fondamentales, de ce problème. De fait, peu nombreux sont ceux qui ont fait le lien entre le respect de la vie privée et la nécessaire existence du débat au sein de la démocratie. La menace terroriste a bien permis de justifier l’ouverture des sacs à l’entrée des magasins, les fouilles de bagages et autres palpations de sécurité avant d’embarquer dans un avion. Alors pourquoi pas les écoutes ? Ainsi s’établit, sans résistance particulière, un contrôle politique constant, qui se double d’une surveillance des habitudes de consommation par les entreprises. Trop souvent, cette police du sujet, de l’intime, est non seulement acceptée comme telle, mais encore désirée, au nom de l’illusion de sécurité qu’elle prodigue. D’autant que les médias n’informent guère sur les dangers de cette « servitude volontaire », ni sur la manière dont des outils très sophistiqués peuvent être utilisés au service d’un projet politique antidémocratique. D’où la nécessité, pour mettre fin à ces pratiques, que les citoyens apprennent à utiliser les procédures et les outils simples permettant d’assurer un minimum de protection de leur intimité sur le Web. Et aussi, bien sûr, que s’affirme une analyse publique, critique et sans concession, du domaine. Quelques journalistes ont ouvert la voie en n’hésitant pas à porter le fer dans la plaie pour faire éclater ce scandale mondial des écoutes de la NSA, du GCHQ et de leurs partenaires dans le monde du renseignement occidental. Un scandale qui n’a pas fini de secouer la planète et qui va peut-être entraîner de véritables réformes…

L’attaque de la NSA et son associé britannique, le GCHQ, contre Belgacom n’est-elle pas condamnable sur un plan juridique ?

Le 13 août, ses ingénieurs ont été mobilisés pour lutter en urgence contre un virus particulièrement dangereux qui s’était installé au cœur de leur réseau. C’est BICS, une filiale de Belgacom assurant des communications Internet dans le monde entier, qui était visée. Une équipe hautement spécialisée de la société hollandaise Fox-IT a alors engagé une opération d’envergure pour identifier et détruire les différents éléments du virus. Ses ingénieurs ont découvert avec stupéfaction que celui-ci mutait en permanence et remplissait simultanément de multiples fonctions : il recherchait et stockait des données, transférées ensuite vers des serveurs mystérieux basés aux États-Unis et en Grande-Bretagne. D’autres éléments du programme espion bloquaient l’action des logiciels antivirus. Un véritable cauchemar implanté sur des dizaines d’ordinateurs au cœur du réseau : « Ce que le patron du réseau de Belgacom avait le droit de faire, le virus pouvait également le faire. Il avait les clés, les mots de passe et le contrôle total. Nous sommes passés au bord de la catastrophe », racontera un dirigeant de l’entreprise. L’intervention de Fox-IT durera plusieurs semaines, coûtant à Belgacom près de 5 millions d’euros pour sécuriser un réseau utilisé par le Parlement européen, l’OTAN et le réseau interbancaire Swift. Quelques semaines plus tard, les Belges ont appris grâce à Edward Snowden qu’ils avaient été victimes d’une opération anglo-américaine menée par le GCHQ. Le nom de code énigmatique de ce piratage en règle : « Operation Socialist »

L’affaire Belgacom comme les autres, prouve que la NSA ne se préoccupe pas des lois autres que celle des Etats-Unis.

L’hypocrisie et le cynisme des hommes politiques français sont terrifiants.

Dès le début juillet, un incident diplomatique d’envergure va brutalement révéler les véritables intentions du gouvernement français. Le 2 juillet, le président de la Bolivie, Evo Morales, quitte Moscou où il a participé à la conférence internationale des pays producteurs de gaz naturel. En marge de la conférence, Evo Morales a déclaré que son pays était prêt à examiner une éventuelle demande d’asile d’Edward Snowden, toujours bloqué à l’aéroport de Moscou. Alors que l’avion présidentiel bolivien vole de la capitale russe vers Lisbonne, où il doit effectuer une escale technique, le gouvernement américain prévient la France que le lanceur d’alerte se trouve peut-être à bord de l’avion.Les Boliviens, qui avaient pourtant reçu le 27 juin l’autorisation de survol de l’espace aérien français, apprennent alors en vol que le Premier ministre français leur interdit le survol de l’Hexagone. Bientôt, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, eux aussi, ferment leur espace aérien à l’appareil d’Evo Morales, qui se retrouve dans la situation d’un avion « terroriste »

La France dépend politiquement et militairement des USA et Hollande ne fait pas semblant,au moins là-dessus.

Question hautement naïve. Edward Snowden peut-il recevoir le prix Nobel de la paix ?

Snowden n’aura pas le Nobel car les jurés sont trop influencés par les Etats-Unis !