C'est la première fois que j'écris un livre qui me fout la trouille !

Les brumes de l'apparence

De livre en livre, Frédérique Deghelt interroge notre désir d’une autre vie, explore les énigmes de notre perception, dévoile ce qui en nous soudain libère le passage entre la rationalité et l’autre rive. Elle nous fait le plaisir de répondre à 5 questions à propos de son dernier roman Les brumes de l’apparence.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire un roman ?

La seule chose qui me motive pour écrire un roman, c’est l’assiduité d’un personnage à frapper à la porte pour que je raconte son histoire. Ensuite je découvre ce qu’il a à dire et en l’occurrence, je partais pour une aventure raisonnable sur les apparences que nous nous donnons et je me suis retrouvée dans ce que nous ne voulons pas voir ! Donc ma motivation, si je veux être un brin honnête, était un peu éloignée du résultat !

Comment avez-vous choisi les phrases en exergue à chaque début de chapitre ?

Quand j’ai vu le tour que ça prenait, j’ai décidé de me renseigner et j’ai finalement lu 42 livres pour écrire celui ci, histoire de renouer avec mon esprit journalistique d’enquête et de me rassurer quant aux dires de mes personnages. Au cours de mes lectures je relevais des phrases que je classais dans un dossier. D’autres arrivaient “par hasard” sur ma route et avaient l’air d’avoir quelque chose à y faire. A la fin de cette récolte sans but, j’ai décidé d’en choisir une à mettre au début de chaque chapitre. La dernière, et c’est la seule, a été placée avant d’écrire le chapitre. Et bien sûr quand j’ai vu mon héroïne se diriger vers cette issue, j’ai pensé: “oh non pas trois pages avant la fin…” Mais quand j’ai relu le poème placé en exergue, je me suis dit c’est normal… Elle descend une autre rue. J’étais donc responsable de ce qui était en train d’arriver !

Ne serait-il pas trop difficile de vivre avec des morts que l’on voit ?

Excellente question, mais qu’est ce que vous voulez que j’en sache ? Je sais seulement que pour ceux qui les voient, ce qui est difficile c’est leur position par rapport aux autres; plus encore que la vision des morts, c’est la peur que ça inflige à ceux qui ne les voient pas et qui du coup deviennent suspicieux, excluants, parfois blessants à l’égard de ceux-là qui voient, tout en sollicitant bien sûr cette vision qui les dérange. C’est une position ambigüe et inconfortable d’avoir une faculté aussi embarrassante. C’est d’ailleurs toute l’histoire de Gabrielle. Essayez d’imaginer que soudain vous les voyez, comment raconteriez vous ça à vos proches ? Imaginez ceux que vous éliminez d’emblée, ceux qui ne vous croiraient pas… vous avez la réponse à votre question.

Le parcours de Gabrielle est aussi celui du lecteur dans l’acceptation de ce que vous racontez. Ne vous êtes-vous fixée aucune limite ?

Je ne suis pas celle qui a fixé les limites. L’écriture de ce livre fut presque une épreuve, un corps à corps avec cet invisible qui me demandait de lâcher prise. C’est la première fois que j’écris un livre qui me fout la trouille !

Comment améliorer les relations dans le métro parisien ?

En les regardant tout d’abord comme elles sont vues là, et pas seulement dans le métro. C’est à dire en sachant que le plus important qui est la relation à l’autre ne coûte rien, sinon une prise de conscience individuelle puis collective. Nous sommes dans un pays en régression. Tout y est conçu pour empêcher les gens de réfléchir, d’être heureux et en expansion. Tout est sclérosé mais nous sommes participants actifs dans cette sclérose. C’est une vraie révolution intérieure pour arriver à changer cela.Une façon de repenser complètement notre présence au monde, nos valeurs, nos priorités. Et cependant elle est en marche quand même cette révolution, même insidieusement…

Editorial reviews (1 review)


Les Brumes de l’apparence est un livre mystérieux et jubilatoire, à lire pour capturer une autre facette de la vie, et y prendre goût !