J’ai des échelles le long des jambes


Michel Embareck

Michel Embareck

Une rue à ma fenêtre

Entretien avec Michel Embareck à l’occasion de la réédition en numérique d’ Une rue à ma fenêtre aux éditions Publie.net.

Pourquoi la eue des échelles? Y-a-t-il une signification derrière ce titre ?

Oui et non. Je me souviens que le nom de la rue m’est venu dans un bar où une copine avait filé son collant et elle a dit « Merde, j’ai des échelles le long des jambes ». L’expression m’avait fait rire. En même temps, c’est une rue où une grande partie des habitants refusent de grimper l’échelle sociale s’il faut se plier aux règles économiques en vigueur.

Dans ce récit, il est écrit : tu ne poseras pas cette question à l’auteur. Et pourtant, j’ai envie de la poser. L’écrivain-poseur de placoplatre au noir, cela correspond à une période de ta vie ?

Absolument ! J’avais plein de copains qui bossaient au black dans la rénovation d’appartements et j’avais acheté une ruine à la campagne. Comme je n’avais pas de ronds, j’ai du me coltiner une grande partie des travaux avec un pote. Et poser le placo était une horreur car il fallait monter les plaques sur deux étages.

Ne pas s’insérer dans le système, vivre sa vie au jour le jour, c’est encore possible ?

Evidement beaucoup moins qu’à cette époque ( fin des années 80). Le flicage de la société au travers de l’informatique a eu la peau de tout un système de démerde. Plusieurs copains qui, par collage, ont inspiré ce livre sont devenus artisans ( parfois artisans d’art) et travaillent seuls ce qui leur permet de bosser à leur rythme.

Comment as-tu choisi les quatre femmes de ce récit ?

Il y a quatre modèles, la femme insérée qui tente de convertir le personnage principal à la « normalité », celle qui a renié ses idées révolutionnaires pour mener une vie bourgeoise, la femme légèrement dépressive qui décide de s’offrir un mec comme un objet et la dernière qui n’est qu’un prétexte à raconter un été caniculaire en ville. Mais toutes sont des prétextes à faire vivre « La rue des Echelles ».

“Ne joue pas au misogyne. Tu n’en es pas un”, c’est ce que dit approximativement une femme à ton narrateur. Quels sont les retours des lectrices ?

Je ne m’en souviens pas avoir reçu des critiques ou des récriminations à ce sujet. D’une façon générale, l’accueil avait été très bon et j’avais été étonné par les chiffres de vente.

Une rue à ma fenêtre est très bien écrit. As-tu une écriture fluide ou travailles-tu chacune de tes phrases ?

Lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis dit qu’écrire en Français ou écrire comme Philippe Labro ne servait vraiment à rien. Je me suis fixé pour but d’obtenir une écriture reconnaissable comme on reconnaît immédiatement une musique de JJ Cale ou de Tony Joe White. Tout est donc travaillé pendant des heures pour obtenir un son des mots, un rythme des phrases. Mais ce travail constitue mon plaisir. Mon bonheur. Passer des heures sur une page, monter, démonter, remonter, chercher le mot juste constitue un vrai plaisir. En même temps, ce roman marque le début de ma réflexion sur l’écriture que l’on retrouvera dans Rubens qui devrait être bientôt en téléchargement sur Publie.net. En même temps, question style, je pense que Rubens constitue l’aboutissement de cette recherche.