Quant à considérer la femme comme l’égale de l’homme, j’aimerais pour elle d’autres points de repères.


Maud Tabachnik

Maud Tabachnik

L'Etoile du temple

La littérature noire et policière pour beaucoup de lecteurs est synonyme de masculinité. Pourquoi ? Vieille tradition qui stipulait que seuls les hommes en connaissaient les arcanes, ou étaient les mieux à même d’en tirer partie, à part quelques mythes (mites ?) dont je ne serai pas le délateur. Certaines plumes féminines osaient bien aborder cette littérature mais en se cachant parfois derrière un pseudonyme viril, lequel leur conférait une authenticité et une aura auprès des éditeurs qui croyaient que seuls les hommes pouvaient écrire des romans qui ne concernaient qu’eux. Tout comme les auteurs masculins devaient prendre un pseudonyme féminin lorsqu’ils produisaient dans les collections pour midinettes genre Nous Deux et Intimité (Roland Topor a fait ses premières armes dans ce genre de production !). Depuis quelques années la femme dans toute sa plénitude (intellectuelle) n’est plus obligée de se cacher derrière un loup ou un masque et peut se défouler par le biais de la littérature noire. C’est ainsi qu’on a assisté à l’éclosion d’auteurs féminins de tout premier plan, et de peur d’en oublier, je n’évoquerai que Maud Tabachnik qui aujourd’hui passe à la moulinette.

Vous êtes arrivée tardivement sur la scène éditoriale. Parce que vous n’aviez pas trouvé d’éditeur ou parce que l’envie d’écrire ne vous tenaillait pas ?

Je suis arrivée tardivement à l’écriture parce que non seulement l’envie d’écrire ne m’avait jamais tenaillée mais j’exerçais une activité professionnelle qui m’en interdisait le loisir.

Ecrivez-vous d’abord à l’intention d’un lectorat, particulier ou non, ou est-ce pour vous faire plaisir, une sorte de gageure ?

Je n’écris pas pour un lectorat particulier, mais pour ceux qui me liront ; et à ceux-là j’ai envie de dire ce que je pense de notre monde et ce que je souhaite pour lui. Et je veux le faire avec plaisir.

L’écriture vous permet-elle de vous rasséréner, si d’aventure vous aviez des problèmes avec votre moi intérieur ? (question philosophale)

Rien ne me permet de me rasséréner, pas plus l’écriture que le reste. L’écriture n’a pas, pour moi, vocation de traitement, mais elle m’est devenue indispensable.

Vos premiers romans semblent dégager une influence américaine. N’est-ce qu’un leurre ou suis-je bon analyste ?

J’ai davantage goûté la littérature américaine, qu’elle soit générale ou noire, à l’exception de certains auteurs européens du siècle dernier et du début du nôtre. Mais il est certain qu’en ce qui concerne mon écriture je suis plus influencée par le style d’un Block, d’un Chase, d’un Caïn, que par celui d’Agatha Christie ou de P.D. James.

Avec l’Etoile du Temple, vous changez complètement de registre. C’est un roman historique, et pourquoi ne pas le dire, un peu féministe. Quoique, à bien y penser les précédents aussi étaient empreints d’une marque féministe sous-jacente. Lorsque je dis féministe, je ne veux pas dire la femme qui piétine l’homme tombé à terre, mais la femme considéré comme l’égale de l’homme.

“L’Etoile du Temple” est d’abord une rupture dans mon style d’écriture, un challenge que j’ai voulu m’imposer ; mais il ne reflète pas davantage que mes autres livres, à mon sens, mon souci d’équité en ce qui concerne les femmes. L’anti judaïsme, le racisme et l’oppression des femmes relèvent du même mouvement de peur, de mépris et de haine. Pourquoi piétiner l’homme à terre ? Est-ce que le féminisme pour vous, cher Paul, doit-être le pendant du machisme ? Quant à considérer la femme comme l’égale de l’homme, j’aimerais pour elle d’autres points de repères.

Votre héroïne ne dédaigne pas porter le vêtement masculin. Pour mieux aller à cheval, en tant que déguisement ou par goût personnel ?

Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce qui est le plus pratique pour chevaucher ? La culotte ou la robe longue et encombrante ? Et pour se défendre ?

“L’étoile du temple” narre, entre autre, la persécution des Juifs au Moyen-Age. Pourquoi avoir choisi cette période ? Pensiez-vous que la période contemporaine, que je situerais par facilité de la fin du XIXème jusqu’à aujourd’hui, a été assez traitée, trop traitée, ou que de vous plonger dans le Moyen Age était la façon propice pour vous démarquer de vos confrères ?

“L’Etoile du Temple” n’a pas d’autre vocation, comme mes autres livres, que de tenter de procurer au lecteur le plaisir de lire. Son contexte historique m’a permis de traiter à la fois le problème juif et celui des Templiers qui pour être totalement différents n’en démontrent pas moins l’arbitraire du pouvoir, la pérennité de l’anti-judaïsme et l’intolérance des chrétiens. Quant à me démarquer de mes confrères ce n’est pas en changeant de siècle que je le ferai, mais par ma personnalité. Diriez-vous pas ?

“Fin de parcours” est un recueil de nouvelles. Les avez-vous écrites exprès pour Viviane Hamy ou les gardiez-vous au frais depuis un certain temps dans vos tiroirs, ne sachant qu’en faire ?

J’ai écrit “Fin de parcours” avant de connaître Viviane Hamy. Et comme vous le savez, sans doute, les nouvelles n’ont de chance d’être lues que si l’auteur est un peu connu. C’est ce qui s’est passé.

Vous sentez-vous impliquée, politiquement, dans l’écriture ?

Comme disait l’autre, tout acte est politique. Bien sûr que je suis impliquée politiquement dans l’écriture, mais implication ne veut pas dire opinion. Je veux rester libre.