L'histoire des Beatles est devenue quelque chose qui tient davantage du conte de fées


Peter Doggett

Peter Doggett

Come Together

Peter Doggett est journaliste musical. Il collabore fréquemment à Q et à GQ. Après avoir écrit sur David Bowie, Lou Reed ou encore les racines de la musique country, Peter Doggett publie Come Together…, son premier ouvrage traduit chez Sonatine.

Le livre s’ouvre sur la mort de John Lennon, bien qu’à cette période les Beatles n’avaient pas enregistré ensemble depuis déjà quelques années. Pensez-vous que cet événement tragique a élevé le groupe au rang de mythe, ou en était-il déjà un ?

Je pense que la mort de John Lennon a fait passer le groupe du statut de légende au statut de mythe. Ils étaient déjà destinés à entrer dans les manuels d’histoire en tant que groupe de pop le plus influent des années 60 ; mais les circonstances tragiques de sa mort, ainsi que la réaction qui a suivi dans le monde entier, tout cela les a portés au-delà de l’Histoire et de la musique, vers quelque chose de plus romantique et pérenne. En fait, l’histoire des Beatles est devenue quelque chose qui tient davantage du conte de fées: une histoire que l’on peut raconter des centaines de fois, en y apportant peu de modifications, et qui ne perd jamais de son intérêt. Et toutes ces caractéristiques – la légende, le mythe, le conte de fées – constituent ce qui a été le plus difficile pour chaque membre des Beatles : trouver sa place dans le monde après la séparation du groupe. Une fois que l’on est un personnage de conte de fées, on y reste pour l’éternité.

Pendant les dernières sessions d’enregistrement, vous citez George Harrison, qui, en s’adressant aux trois autres Beatles, dit : Peut-être qu’on devrait divorcer. Pensez-vous que la relation entre les Beatles s’apparentait à une relation de couple ?

Je ne pense pas que l’idée de « couple » s’applique entièrement aux Beatles – mon ouvrage est vraiment une étude de la dynamique au sein du groupe, et ce sont les changements incessants de l’équilibre du groupe, avec trois d’entre eux finissant par s’opposer au quatrième, qui font que l’histoire est si fascinante. Mais, de mon point de vue, il est certain que la rupture entre Lennon et McCartney s’apparente à un divorce, car tout comme un couple marié, ils formaient au début une équipe très soudée, leurs personnalités s’ajoutant à la force du groupe, puis ils se sont éloignés l’un de l’autre. A l’instar d’un couple qui divorce, la rupture a affecté les deux personnes de manière différente. Paul avait le cœur brisé, et je ne suis pas sûr qu’il s’en soit jamais remis ; tandis que John, avec sa nouvelle relation, est passé à autre chose sans jamais regarder en arrière.

Vous dites que vous avez eu de l’affection pour chacun d’entre eux à différents moments de votre vie. Cela étant dit, y a-t-il un membre des Beatles dont vous préférez la carrière personnelle, ou que vous préférez tout simplement ?

John a toujours été mon préféré quand j’étais enfant : j’adorais sa passion, son caractère rebelle de nature, son humour et son honnêteté émotionnelle. Mais plus je vieillis, plus j’apprécie le travail personnel de George Harrison, qui est très subtil, magnifique d’une façon discrète, et parfois emprunt d’un délicieux sens de l’ironie. Je ne dis pas ça pour sous-estimer Paul, qui est probablement l’auteur-compositeur le plus mélodique du XXème siècle.

En France, le titre de votre livre est Come Together… (En version originale, le titre est You Never Give Me Your Money). Que pensez-vous de ce changement ?

Cela m’a surpris, comme je n’étais pas impliqué dans la décision. Mais je suis sûr que l’éditeur français connaît mieux le marché français que moi ! D’une certaine manière, ce titre est ironique, comme l’ouvrage porte sur les relations qui se sont détériorées entre les Beatles. Donc le titre aurait peut-être dû être Come Together ?

Lorsqu’ils étaient encore actifs en tant que groupe, vous décrivez les Beatles comme des individus assez égoïstes et peu enclins (exception faite de John Lennon) à laisser leurs amies ou femmes entrer dans le « cercle » du groupe. Pensez-vous qu’il s’agit d’une facette de l’histoire du groupe qui a été sous-exposée afin de préserver le mythe ?

Non, je pense qu’il s’agit malheureusement d’un comportement normal au cours des années 60. Cynthia Lennon, la première femme de John, m’a dit que tous les Beatles étaient des sales types chauvinistes, des mâles pur jus. C’est pour cette raison que la rencontre avec Yoko Ono a été un tel choc pour John, comme elle était à la fois une féministe affirmée et une femme sûre de son pouvoir. Mais je ne pense pas que les Beatles étaient différents des autres stars de l’époque. Je suis sûr que je n’ai pas besoin de vous dire que le féminisme est encore aujourd’hui une idée choquante pour beaucoup d’hommes.

Vous écrivez dans les remerciements que vous n’avez pas parlé à Paul McCartney parce que vous ne vouliez pas gâcher son après-midi. Est-il une sorte de dieu à vos yeux ? (Si, bien sûr, vous avez des dieux musicaux?)

Eh bien, il faisait partie des Beatles, donc je pense qu’il véhicule une sorte de magie autour de lui. Mais, pour m’être entretenu avec des centaines de pop stars et de rock stars à l’époque, j’ai appris qu’ils étaient juste des gens – des gens très talentueux, c’est vrai, mais pas des dieux. Est-il un génie de la musique ? Oui, sans aucun doute, car son talent est si instinctif et naturel. Et j’admire son travail, de la même façon que j’admire Bob Dylan, Crosby, Stills & Nash, les Beach Boys, les Kinks, Smokey Robinson, Rufus Wainwright, Laura Nyro, Frank Sinatra, Joni Mitchell – des centaines de personnes.

Bien qu’il y ait de nos jours un grand retour de la nostalgie et toutes sortes de louanges à la gloire de la musique des années 60 et 70, pensez-vous qu’il y ait d’autres groupes de cette époque dont la musique est aussi intemporelle que la leur ?

Je pense que le mythe des Beatles est devenu si immense qu’il est presque impossible de considérer leur musique autrement qu’intemporelle. Bien qu’elle soit au cœur de l’histoire des années 60, elle existe aujourd’hui dans un monde à part ; ce qui est la raison pour laquelle elle plaît encore à tout le monde, indépendamment de l’âge ou de la nationalité. Et étrangement, la même chose semble s’appliquer à la plupart des musiques de cette époque. Je pense qu’il est difficile d’imaginer une époque qui ne considérerait pas les années 60 comme un âge d’or. Je peux m’imaginer (si je suis encore vivant!) entrer dans un restaurant dans 300 ans et y entendre « Good Vibrations » ou « Satisfaction » joué sur les enceintes. Cependant, d’un point de vue artistique, je pense que la seule autre personnalité dont le catalogue musical de l’époque va survivre de la même façon, c’est Bob Dylan – bien qu’il déteste l’idée d’être associé à cette décennie. Il y a toutefois une différence : tandis que ce sont les chansons de Dylan qui demeurent à travers les générations, c’est l’univers des Beatles – la musique, les mots, l’image, les personnalités – qui touche l’imagination des gens, année après année. Il n’y a presque pas besoin de la musique : une seule photo suffira à maintenir le mythe éternel.

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Une épopée cruelle et canaille que nous raconte Peter Doggett, journaliste musical.

Livre très documenté, Come Together raconte les relations difficiles qu'entretenaient les Fab Four entre eux.