Caryl Férey a raflé tous les prix : Grand Prix de Littérature Policière, Prix Nouvel Obs-BibliObs du Roman Noir, Grand Prix du Roman Noir Français, Prix des Lecteurs Quais du Polar, Prix Mystère de la Critique, Prix Jean Amila-Meckert…
Il peut écrire sur un fan des Verts (la fameuse équipe de Saint-Etienne), rendre hommage à Joe Strummer, balader le lecteur de la Bretagne à l’Afrique du Sud en passant par la Nouvelle-Zélande et à présent l’Argentine.
« L’histoire est une chose, mais ce qui me passionne le plus, ce sont les liens qui unissent les gens, et ce qui les repousse, même s’ils ne demandent qu’à s’aimer. Pour les hommes, je sais ce qui pollue leurs relations: la rivalité. »
Après la Nouvelle Zélande, l’Australie, voilà que tu embarques le lecteur en Argentine. D’où vient cet intérêt pour le sud de l’hémisphère sud ?
Le monde s’est droitisé avec la mondialisation et l’Amérique du Sud a fait le chemin inverse, en se débarrassant des dictatures et de l’emprise de la CIA. L’Argentine, si proche de nous, a subi la pire d’entre elle, et la pire crise de notre système économique. Tout cela ma passionne, en plus du sort réservé aux autochtones, en l’occurence Mapuche..
A partir de quand un écrivain peut s’emparer d’un sujet historique pour en faire une histoire ?
S’il connaît son sujet…
Je suis en immersion totale pendant 4 ans, j’ai la faiblesse de croire que je maîtrise un peu le sujet argentin.
Ruben est un dur à cuire digne de Sam Spade… amoureux d’une belle indienne. Du sang, des larmes et un peu de tendresse, est-ce la vision de la vie de Caryl Férey ?
Je suis heureusement beaucoup plus optimiste dans la vie que dans mes livres. J’ai juré d’être heureux il y a longtemps et m’en sors pas trop mal. Dans les livres, vus les sujets abordés, difficile de faire du Musso-Lévy. Il reste que l’amour, s’il n’est pas plus fort que tout, a réussi, à travers le combat des Grands-Mères de la place de Mai, à mettre la pire dictature à genoux.
On connaît l’Argentine pour sa dictature terrible des années 70 et comme le premier pays à avoir connu la banqueroute et puis à avoir dit merde aux marchés financiers, mais peu pour ses indiens. Les argentins prennent-ils aujourd’hui en considération les revendications des premiers habitants de ce pays ?
Les Mapuche étaient des fantômes jusqu’à la fin des années 90. Grâce au combat de Marcos au Mexique, qui a redonné une voix aux “Indiens” (mot valise jamais utilisé par les autochtones), l’Argentine aussi a vu une certaine résurgence autochtone… en partie quand Benetton a empiété sur leurs territoires. Mais ils ne sont pas considérés comme des terroristes, comme c’est le cas au Chili.
Il y a une rumeur qui dit que Caryl Férey va détrôner Marc Villard de la présidence des Habits noirs en proposant le développement du numérique au sein de l’association. Est-ce vrai ?
Je sais à peine envoyer un mail. Facebook grâce à ma fille, et encore. Le Président Villard a de beaux jours devant lui. Et puis je n’aime pas le pouvoir, je laisse cette corvée à d’autres.
Mapuche est certes un roman noir car les événements décrits relèvent de l’histoire la plus glauque de l’Argentine, mais également un thriller car certaines des scènes proposées s’inscrivent dans la plus pure tradition du roman d’aventures. Spectaculaires elles sont narrées avec fougue, virtuosité, délire, enthousiasme, frénésie, violence, sauvagerie et le lecteur les vit, les ressent en étant littéralement au plus près de l’action.
Un beau roman qui rend hommage à tous les résistants à cette dictature et en particulier aux Folles de la place de mai.
Une épopée lyrique, portée par une magnifique colère.