Les artistes qui ne s'intéressent pas à la science sont sévèrement limités


Simon Mawer

Simon Mawer

Le Palais de verre

À travers les aventures d’un couple, de leur famille et de leur maison, Simon Mawer dresse un portrait fascinant de six décennies de l’histoire Tchécoslovaquie, vraie démocratie libérale authentiquement multiethnique, au coeur d’un continent qui sombrait.

J’ai cherché en vain sur Internet : la villa Landauer n’existerait pas, et l’architecte Rainer von Abt serait aussi fictif. Pourtant, on y croit très fort. D’où vous est venu l’idée de créer cette maison extraordinaire ?

C’est facile : alors qu’il n’y a pas de villa Landauer ni de Rainer von Abt, il existe bien en revanche une villa Tugendhat à Brno. C’est ce bâtiment que j’ai utilisé comme modèle pour ma villa, bien que les personnages du roman soient, eux, entièrement fictifs.

Le palais de verre a été créé par un riche couple ; il deviendra ensuite un « centre de recherche nazi », un hôpital puis un musée. Comment avez-vous choisi les différents protagonistes qui habitent successivement dans ce lieu de vie ?

Je me suis basé en partie sur l’histoire de la villa Tugendhat, bien qu’elle n’ait jamais été utilisée en tant que centre de recherche biométrique – cela étant dit, les expériences décrites dans le roman ressemblent beaucoup à ce que les scientifiques allemands, entre autres, faisaient dans les années 30 et 40. J’imagine que je tire cette inspiration de ma formation de biologiste. Et bien sûr, le musée représente ce qui est réellement advenu de la villa Tugendhat.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la courte histoire de la Tchécoslovaquie ?

Le fait que ce soit une création magnifique et courageuse : une vraie démocratie libérale authentiquement multiethnique, au coeur d’un continent qui sombrait. L’art et la réussite intellectuelle de ce pays furent remarquable durant les deux courtes décennies de la Première République.

Vous racontez aussi l’histoire de la persécution des juifs par les nazis, avec entre autre l’installation de ce laboratoire absurde de recherche sur les races. Il semble invraisemblable aujourd’hui que les nazis aient cherché des preuves scientifiques pour cautionner leur antisémitisme.

Ce n’est pas du tout invraisemblable ! C’est exactement ce que croyaient de respectables scientifiques des pays développés. De nos jours, les biologistes ont décidé que le concept même de “race” n’a peu ou pas de légitimité eu égard à l’espèce humaine, mais à l’époque c’était très différent. Et naturellement, les nazis, entre autres, étaient persuadés que les juifs étaient une race ; une idée qui semble tout simplement absurde de nos jours.

Vous êtes biologiste. Que vous apporte l’écriture de roman ?

C’est en fait le contraire : je suis un écrivain qui a une formation de biologiste. Donc la question devrait être, à l’inverse, qu’est-ce que la biologie apporte à l’écriture ? Un degré de logique et de clarté qui, je l’espère, est nécessaire pour une écriture de qualité. Et un point de vue plus équilibré sur le monde. Les artistes qui ne s’intéressent pas à la science sont sévèrement limités. Les scientifiques peuvent toujours lire des romans, regarder des images, écouter de la musique. La plupart le font. Mais les artistes doivent étudier la physique, la chimie et la biologie. Peu le font. Quel groupe s’enrichit le plus intellectuellement ? Et, bien sûr, on ne peut pas comprendre l’humanité dans son essence sans une maîtrise préalable de la génétique et de la biologie de l’évolution.

Editorial reviews (2 reviews)


Un roman d'idées, brillant et habile, mais aussi le tableau dur et coupant de personnages et de scènes racontés dans un style intègre d'une froideur toute musilienne, une musique de nuit où le déclin de la culture, la lente défaite d'un mariage, la terreur, l'indignité, le sexe, la trahison, l'art dansent au bord de l'Holocauste.

L'auteur n'oublie jamais le romanesque, l'émotion et l'intrigue, pour écrire sans cuistrerie un beau livre sur l'art et la création.