La vie en immeuble est-elle compatible avec la magie des vieilles légendes, qui donnaient sens au monde, nous aidaient à affronter les rêves et les peurs, créaient des double-fonds à la vie ordinaire ?
Des histoires d’ascenseur, des pannes et des erreurs, je n’en manquais pas. Il m’est venu cette idée de rapprocher une légende traditionnelle de ville disparue (dont j’avais un magnifique exemple dans le livre d’Ernst Bloch, Traces), avec ces cités… (more)
La vie en immeuble est-elle compatible avec la magie des vieilles légendes, qui donnaient sens au monde, nous aidaient à affronter les rêves et les peurs, créaient des double-fonds à la vie ordinaire ?
Des histoires d’ascenseur, des pannes et des erreurs, je n’en manquais pas. Il m’est venu cette idée de rapprocher une légende traditionnelle de ville disparue (dont j’avais un magnifique exemple dans le livre d’Ernst Bloch, Traces), avec ces cités que les expériences d’ateliers d’écriture me permettaient de connaître sous d’autres angles et espoirs.
Petit grain de sel via le plaisir pris aux ateliers d'écriture : un livre où chaque chapitre serait une technique particulière de récit, ou de rapport au réel, forme de narration ou référence à une autre galerie de la littérature, et dont éventuellement des enseignants pourraient se ressaisir – la contrainte ajoutant bien sûr au plaisir du récit qui la rend invisible.
Ce sont les éléments de départ. Alors bien sûr on croisera des ombres, celles de Kafka ou Beckett même, mais quelques vivants, un illustrateur nommé Claude Conti, ou l'explorateur Echenoz qui passe dans toute une rue, comme dans tel roman de l'écrivain homonyme, d’appartement en appartement sans déranger les gens qui les habitent, ce n'est pas plus un hasard que la référence aux Villes invisibles d’Italo Calvino.
Publié en octobre 1995, ce livre m’avait valu le prix littérature jeunesse de Télérama. Il a été traduit en italien et coréen. Que les droits numériques m’appartiennent n’est pas une raison suffisante : plutôt que la démarche ne m’a pas quitté. Où commence le fantastique dans l’expérience ordinaire ? J’ai mis beaucoup de mes propres éléments autobiographiques dans ce livre, y compris Rome et les gares, ainsi que beaucoup d'images qui me restaient d'un séjour au 14ème étage de la tour Karl-Marx, à Bibigny, en 1986. Étrangement, à distance, la venue (très proche, mais pas encore effective) du téléphone portable et d’Internet auraient sans doute permis de conditionner autrement le récit. Raison de plus pour le proposer désormais ici.
Dans les années 80/90, la collection Page blanche de Gallimard Jeunesse a été une vraie secousse pour les auteurs invités : prendre les adolescents au sérieux dans leur relation au monde, commander des textes à des auteurs qui ne s’occuperaient pas de la destination, mais seulement des enjeux littéraires, et de ce qui leur aurait plu à cet âge...
C'est dans cette collection Page Blanche de Gallimard qu'est d'abord paru, en septembre 1995, Dans la ville invisible. Le livre avait obtenu le grand prix du roman jeunesse Télérama au Salon du livre de jeunesse de Montreuil en décembre de la même année.
L’émerveillement et l’aventure que nous avons appris dans les livres fantastique, est-ce compatible avec nos bords de villes ?
FB
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